Son Excellence Monsieur le Président

Quelques semaines de repos bien méritées, quelques semaines au pays, voilà des vacances  bien commencées.  Pour se reconnecter, bref petit passage par la case Journal Télévisé, rien de mieux pour se remettre les idées en place et comprendre que beaucoup de choses n’ont pas changé. Allez on commence le grand déballage protocolaire par une visite de travail et d’amitié de Son Excellence Monsieur le Président  X de la République du Y. On enchaine notre Président, Son Excellence Monsieur  Mahamadou Issoufou vient de lancer les travaux d’un nouvel édifice dans la ville. Et là, je me dis que ça fait beaucoup de Son Excellence pour pas grand-chose. Revue de presse hebdomadaire : un moment tragiquement ennuyeux pour moi mais pourquoi ne pas faire une petite remise à niveau. L’un des sujets du jour : le retour de S.E l’ancien président de la République Monsieur Tandja Mamadou. Et là ç’en est trop : un excès à outrance de  titres pompeux et  surtout inutiles. Tout le monde est Son Excellence : le président, le premier Ministre, le Ministre, l’ambassadeur, le président du parti au pouvoir, l’ancien président, le conseiller. J’exagère un peu mais je ne suis pas très loin de la vérité. Des titres en veux-tu en voilà : pompeux, protocolaires, inutile et exaspérants.  Ah ça oui , au Niger et en Afrique on aime ça ! On aime TROP ça…

A-t-on réellement besoin lorsqu’on s’adresse à une personne que l’on a élue de le nommer avec tous ces artifices ? Le peuple a-t-il besoin vraiment de s’adresser à son président en l’appelant « Votre Excellence ». Et on parle de République et de démocratie… Personnellement cela me gêne : d’une part parce que je n’y vois aucune espèce d’intérêt et de l’autre parce que j’ai l’impression que ce titre exerce un lien de soumission selon un modèle impérial ou royal.  En bref avec tous ces salamalecs, on pourrait presque parler d’un royaume que d’une nation.  Vous me direz à juste titre qu’étant donné la longévité au pouvoir de certains, on est plus à cela près.

En faisant quelques recherches, j’ai découvert qu’en France le président et / ou le premier ministre ne sont désignés par ces titres qu’en dehors de leurs frontières : en résumé en France personne ne rencontre le président et lui dit tête baissée et avec un regard de merlan frit : « Vôtre Excellence, je suis très honoré de vous rencontrer. Au sujet des impôts, je trouve que vous exagérez un peu mais ce n’est que mon humble avis de simple citoyen  ».  Je me souviens du dernier grand oral de François Hollande et je me suis dit à un moment quelqu’un va se lever et l’agripper par le col et lui dire «  Tout ça, ça ne va pas. Fais mieux monsieur le président ! »

Aux Etats-Unis, je n’ai jamais entendu aux informations ou même dans les séries télé que l’on appelait Barack Obama Son Excellence Monsieur le président. Je ne sais pas ce qui en est en Asie ou en Amérique Latine mais à mon avis, cela doit être un problème purement africain.

Quand je vois un chef d’état africain (à la télévision parce que c’est bien connu qu’on ne les voit jamais en  chair et en os) j’ai l’impression d’être face à une personne inaccessible, d’une part à cause des dispositifs de sécurité qui sont mis en place et pour certains par vanité/ orgueil ou que sais-je. Il faut le rappeler que ce sont des gens normaux, des êtres humains de chair et de sang, qui sont comme nous. La seule différence est qu’ils ont été choisi de manière TEMPORAIRE ou de manière temporairement permanente –à l’insu de notre plein gré- pour remplir un mandat présidentiel, mener à bien les objectifs de leur programme pipeau, représenter leur nation au niveau international, mettre les moyens nécessaires pour protéger l’intégrité physique et moral de leur état  et guider leur peuple sur la voie d’un développement solide et durable. Ils exercent une fonction pour laquelle ils sont payés (c’est important de le souligner)  et pour laquelle ils sont tenus de rendre des comptes à leurs peuples qui les y ont conduits par la voie des urnes.  Quand je vois certains chefs d’états africains, j’ai l’impression que l’humilité s’est perdue entre le chemin des urnes et de l’accession au pouvoir… Les politiques me direz-vous, une fois qu’ils ont gagné les élections, les promesses d’hier sont les rêves de demain.

Comment changer tout cela ?

Je n’ai pas de solutions miracles malheureusement mais je dirai qu’il faudrait commencer par les premiers vecteurs de la communication vers le peuple à savoir les média.  Les journalistes doivent arrêter de nommer dans leur propre pays de manière protocolaire le président et tout son tralala la. Appelons-le juste Monsieur le Président ou Monsieur le Premier Ministre  car leurs fonctions méritent  une certaine forme de respect je le concède. Une fois que les média communiqueront dans ce sens, il sera plus facile de l’intégrer pour nous autres simples citoyens.

Il est également nécessaire que chaque citoyen ait conscience qu’un chef d’état est un chef d’état, pas un monarque ni un empereur et que peu importe sa durée au pouvoir, son devoir est de rendre des comptes à son peuple et notre droit le plus sacré est d’en attendre. Que nous nous rendions compte que nous élisons ces messieurs qui sont à la tête de nos pays et qu’ils ne sont pas élus pour aller se pavaner à gauche à droite ou se gaver à coups de millions ou tout simplement se mouvoir dans un immobilisme complaisant. Si un président craint son peuple, alors peut –être que ses actions et sa conscience seront plus en adéquation avec la volonté démocratique.

Et enfin que j’attends avec grande impatience, un président qui lors de son investiture prononcera les mots suivants : «  Je ne suis pas votre excellence mais je suis là pour servir votre volonté, celle qui m’a portée par la voie des urnes. Arrêtons toutes ces appellations protocolaires, je suis le premier citoyen du pays mais je suis un citoyen comme vous. Appelez-moi juste Monsieur le Président ».

Kalatonton

Haria Nyala

Monsieur X et les réseaux sociaux ou l’expression ultime du crétinisme

Il y a ces matins quand tu te lèves et « rien ne te plait ». Mais vraiment rien ! Tu galères comme d’habitude dans les transports, ta vie actuelle n’est qu’un enchainement de poisse, tu te fais spoiler la fin de ta série préférée parce que certains confondent réseaux sociaux et journal intime.  Et en plus,  la routine tue ton quotidien. Bref un moment de vie que chacun d’entre vous a déjà vécu : une sorte d’interminable traversée du désert.  Tu te retrouves à être une boule de nerfs ambulante lâchée en pleine jungle urbaine. Mais la patience est la plus belle des vertus dit-on, alors tu patientes.

Geste habituel du matin : ouverture de l’application Facebook, que s’est-il passé dans mon réseau ? Expositions habituelles de photos, de statuts à rallonge souvent inintéressants  et de hashtags à gogo : Dieu que je hais les hashtags !  Bref c’est un banal matin comme les autres, je pars à la recherche d’un gossip ou deux.  Bah oui, faut bien s’occuper non ?

Et là catastrophe ! Je tombe sur le commentaire sur lequel je ne devais pas tomber. Vous savez ces commentaires inutiles, dénués de toute  logique, affirmant des vérités (mais quelles vérités !) simplistes.  Ces commentaires qui vous font vous demander le pourquoi  du comment de leur nécessité et vous font amèrement regretter ce concept que l’on appelle hypocritement la liberté d’expression / d’opinion exacerbée  avec l’avènement des réseaux sociaux. Vous voyez parfaitement de quoi je veux parler.  LE commentaire supposé intelligent et pertinent de Monsieur X qui selon lui repose sur une analyse parfaitement logique qui se résume en deux lignes. Monsieur X ose parler de vision et d’illusion. Monsieur X grâce à son commentaire ingénieux a compris tous les maux de la planète et donc grâce à Monsieur X le monde se portera mieux demain. Loin de moi la volonté de vouloir dénigrer les opinions des uns et des autres, libre à chacun de nous de penser ce qu’il veut. Mais encore faut-il que lorsque son opinion est exprimée, elle soit constructive et fasse avancer le débat.  Bref un commentaire de sombre crétin.

Le sombre crétin

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L’excès de zèle de nos dirigeants africains

Le 11 janvier restera dans les mémoires de tous mais surement pas pour les mêmes raisons. Je ne suis pas là pour parler des crimes qui ont été perpétrés par d’abjectes terroristes. Je n’ai aucune envie de me lancer dans  une discussion polémique sur le fameux #JesuisCharlie, symbole de la liberté d’expression et de la liberté de la presse. Non, vraiment pas envie, je vous rassure. Je pense que la Twittosphère et Facebook nous ont montré qu’aujourd’hui les hashtags nous définissent et définissent nos pensées. Un hashtag et tout le monde a tout compris, quel outil diabolique, ma foi! Nous devons donc tous rentrés dans des cases étiquetées….

Je vais plutôt vous parler de cette gêne, non que dis-je, de cette profonde honte que j’ai ressentie en voyant nos dirigeants africains pointer le bout de leur nez, pour faire partie à jamais de cet événement que beaucoup de journaux ont qualifié d’historique. En somme, THE PLACE TO BE pour ce début 2015.

Cette marche était légitime pour le peuple français: faire face d’un bloc au terrorisme et montrer que la nation française est solidaire. Qu’on invite des chefs d’état pour donner un peu plus de piquant, pourquoi pas. Mais que parmi ces chefs d’état on retrouve des chefs d’état africains qui ont vraiment autre chose à faire, non faut pas déconner, je m’excuse du langage… Je m’explique juste après, je reprends juste mon souffle pour ne pas m’énerver encore plus.

 

Les pays d’Afrique de l’Ouest sont confrontés tous les jours à la menace terroriste : la zone du Sahel, je ne vais pas vous faire l’offense de vous ré-informer sur les enlèvements à répétition, les offensives d’AQMI et ses partenaires de crime. Je reprends donc la Zone du Sahel, le Nord Mali, zone complémentaire, l’année dernière à la même époque l’actualité ne parlait que l’intervention française dans cette zone. Et enfin le Nord du Nigéria où sévit Boko Haram. Un hashtag célèbre également avait été créé pour l’occasion, pour dénoncer l’enlèvement de ses 200 lycéennes. Encore un hashtag qui n’aura servi à rien, une semaine plus tard, le drame était oublié et chacun passait au hashtag suivant. J’adresse une petite pensée par l’occasion à la Corne de l’Afrique, la Somalie qui depuis presque dix ans,  fait face au terrorisme des Shebabs.

Donc les pays d’Afrique de l’Ouest sont le théatre quotidien des exactions de Boko Haram, AQMI et autres branches terroristes. La même semaine où les attaques terroristes étaient perpétrées sur le sol français, au Nigéria la situation devenait plus que désastreuse. 16 villages incendiés par Boko Haram autour de la ville de Baga, 20 000 personnes en fuite pour tenter de sauver leurs vies face à la cruauté inhumaine de ces bêtes sauvages. 2000 personnes, peut-être plus, difficile de dresser un bilan, qui ont perdu la vie des manières les plus lâches et les plus cruelles. Oui 2000 personnes en 3 jours : des femmes, des enfants, des vieillards. Toutes les personnes qui n’ont pas été assez rapides pour pouvoir fuir lors du bref passage meurtrier de Boko Haram. Je suis consternée, meurtrie, émue devant ce triste spectacle. Pendant ce temps, le monde entier a les yeux rivés sur la France sur Paris , qui s est proclamée capitale du monde le temps d’une marche,pour pleurer ses 20 citoyens innocents tués par des fous sanguinaires.

Tout cela se passe devant les yeux de nos dirigeants africains, juste devant eux et leurs pays sont tous menacés par ces groupes terroristes. Et ils ont trouvé bon de venir marcher en solidarité avec la France, alors que juste devant eux, juste devant leurs yeux, des milliers de personnes meurent sauvagement assassinées.

Il y a un temps pour tout : un temps pour la diplomatie et un temps pour la compassion. A ce que je sache la compassion, peut très bien se faire à distance et n’a pas besoin de se déplacer en avion présidentiel pour quelques heures de marche et de gaspiller les deniers publics d’un pays déjà assez pauvre où les gens – excusez-moi encore du terme- crèvent la dalle!

Ces mêmes présidents, qui ont un sérieux problème dans leur nation respective, en matière d’application de la liberté d’expression que défend le fameux #JeSuisCharlie, viennent se pavaner en scandant avec hypocrisie ce slogan. Ces mêmes présidents qui ne se sont pas gênés pour s’identifier à cette liberté devant les télévisions du monde entier réunies pour couvrir l’événement. Mais dans quel monde vit-on ? Heureusement que l’hypocrisie ne tue pas…

Ces mêmes présidents qui sont venus marcher au nom de leur pays pour défendre cette liberté. Mais au nom de qui ? Pour ma part, mon président n’a pas marché en mon nom et en celui de beaucoup de mes concitoyens. Les gens crèvent juste à côté, pas la peine d’aller marcher si loin.

En vivant ici, en France, je suis touchée d’une certaine manière par les récents événements. Mais je comprends que la majorité des citoyens nigériens et même africains, ne soient pas affectés plus que ça. Je ne dis pas que c’est normal qu’il y ait des gens qui disent que c’est bien fait, attention pas d’amalgame pour toi lecteur qui considère la première porte ouverte comme une porte de sortie. Je dis bien ici, que je comprends parfaitement que les personnes qui sont à 4000 km de cette tragédie ne soient pas affectées plus que ça. En même temps qui ne le serait pas, sachant que tous les jours près d’eux des gens crèvent sous les pires exactions de criminels terroristes et que c’est par centaine voir par milliers que leurs mères, leurs pères, leurs frères, leurs sœurs ou leurs amis crèvent tout simplement. Que pas plus tard qu’hier, une petite fille a été transformée en bombe humaine pour tuer, parce que ces lâches ne voulaient pas se salir les mains. Savait-elle que c’est une bombe qu’elle portait? Surement pas! Une innocence volée, des vies perdues dans le sang, ce sont donc des enfants qu’ils envoient tuer à leur place…Je reste sans voix, tant le dégoût m’assaille.

Alors oui, pourquoi nos présidents s’en vont marcher à la Place de la République à Paris alors que chez eux, ce qui se passe est bien pire? Venir sans cesse, faire des courbettes diplomatiques et  de surcroît, être qualifiés à la télévision  française de “ fidèles serviteurs d’Hollande”. N’a-t-on pas une once de dignité en nous? Enfin pour peu qu’il nous en reste… Qu’en est-il de ce président qui déclarait le 9 janvier dernier Journée de Deuil National à cause des attentats parisiens? Y’a-t-il assez de jours dans l’année pour porter le deuil de ses 2000 victimes au Nigéria? De cette petite fille qui s’est fait sautée? Ne peut-on pas faire une minute de silence en leur honneur? Non apparemment!  Ils ne militaient pas pour ce concept de liberté d’expression ( limité ou illimité, tout dépend de sa position) mais pour un droit plus fondamental : le droit à la vie !

Alors oui je suis en COLÈRE face à cette grande imposture d’excès de zèle de nos présidents. Et non je ne suis pas fière que le nom de mon pays soit cité au cours de cette marche commémorative ! Non j’ai honte! J’ai vraiment honte! Car tous les jours, SILENCE,  Boko Haram nous tue!

Mes sœurs et frères africains, si demain, nous pouvions faire une minute de silence en la mémoire des massacres perpétrés près de nos frontières, nous pourrions montrer au monde entier que nous sommes aussi solidaires. Si nous pouvions marcher, nous aussi dans nos pays respectifs, le même jour à la même heure en la mémoire de ces âmes perdues, nous pourrions ouvrir les yeux du monde sur la gravité de la situation! N’attendons pas que cela vienne de nos dirigeants, ils nous ont vendus pour 10 minutes de télévision. Ils ont oublié que nous ne mangions pas, que nous souffrions des pires maux tous les jours et que leur diplomatie ne nous sauvait pas. Ils préfèrent courber l’échine alors qu’un combat nous attend. Mobilisons-nous par centaines, par milliers, par millions et crions haut et fort que nous ne voulons pas vivre sous le joug d’intégristes, dans la crainte du lendemain !

Certains diront: ils sont venus demander de l’aide et parler de ce qui se passe. Ce n’est pas ce que j’ai entendu et croyez-moi ce n’est pas ce que le monde retiendra. Si c’est de l’aide qu’ils cherchaient, ils auraient pu envoyer un message fort, organiser un sommet international en urgence sur le terrorisme ou que sais-je.Utilise un de leurs tours « diplomatiques » que seuls en ont le secret.  La menace est bien réelle pour nous tous, enfin plus pour certains… Au lieu de ça, ils nous ont livré un spectacle pathétique d’excès de zèle, riche en larmes apparemment dont on retiendra évidement que le fameux “ Je suis Charlie”. Un spectacle que le monde entier regardait attentivement, se demandant mais qui sont ces gens, que font-ils donc ici ? Un spectacle où ils ternissaient le nom d’une nation, d’un peuple tout entier, qui ne savait plus où se mettre! Un énorme sentiment de honte partagé par beaucoup! Savaient-ils pourquoi exactement ils défilaient ? Ou étaient-ils venus pour l’after à l’Elysée ?

Beaucoup de gens autour de nous se radicalise, parce que les opportunités de survie s’amenuisent, parce que nos dirigeants ne nous respectent plus. Alors certains sont plus séduits par des discours illogiques qui leur promettent de meilleurs lendemains.

Unissons-nous  chers citoyens, pour que plus jamais ces folies meurtrières ne se répètent, quelque soit l’endroit du monde concerné. Une vie est une vie, mes chers amis. Prions pour la paix de chacun, quelqu’il  soit, pour que plus jamais nous ne vivions ça!

Il faudra néanmoins un peu de temps avant que ce sentiment d’honte disparaisse. Peut-être même plus. Seul le temps nous le dira.

Kalatonton

Haria Nyala

Pourquoi je crois en l’Afrique ?

 

Le 31 octobre 2014 est une date à marquer au fer rouge dans les mémoires de toutes et tous, dans les mémoires de tous ceux qui croient en l’Afrique qui œuvrent ou qui souhaitent œuvrer pour son développement.

Ce 31 octobre a marqué la fin du bras de fer opposant le président Blaise Compaoré et le peuple Burkinabè. Ce 31 octobre un règne de 27 ans a pris fin. Ce 31 octobre 2014, l’esprit de Sankara était bien parmi nous.  « La patrie ou la mort, nous vaincrons ! »

Thomas Sankara, l'homme intègre

Thomas Sankara, l’homme intègre

Beaucoup de peuples africains sont encore sous le joug de nos vieux pères : ces hommes assoiffés de pouvoir, persuadés d’exécuter une volonté démocratique quasi divine et qui s’éternisent depuis des lustres à la fonction présidentielle.

Pourquoi le départ de Blaise Compaoré me touche plus ? Je ne parlerai pas de notre frontière commune, je ne parlerai pas de ses stratégies politiques plus que douteuses, de ses implications dans la fomentation de plusieurs coups d’état africains. Non je ne parlerai que de mon âge : 27 ans ! Le nombre d’années que ce président a passé au pouvoir, ces 27 années sans partage, 27 années de répressions, de retraits de droits fondamentaux. 27 années où Blaise a su se construire une réputation jusqu’à devenir  le médiateur incontournable des conflits africains. 27 années où les noms de Sankara ou de Zongo ont marqué les esprits de nombreuses générations, laissant un amer arrière-gout d’injustice.

Regardez-le ! Regardez comment l’Histoire l’a rattrapé et comment le peuple lui a donné rendez-vous  avec son destin. Regardez-le se résigner devant la contestation et la colère grandissante de ses concitoyens. Regardez-le sortir par la petite porte, lui qui pendant 27 années a exercé son joug au Burkina Faso et dans la sous région. Regardez-le hier fier, aujourd’hui destitué de ce qu’il chérissait le plus. Oui regardez-le s’en aller face à une situation qui le dépasse. Oui regardez-le  désarmé face à cette révolution !

source AFP

source AFP

Le peuple a une mémoire, le peuple se souvient, le peuple n’oublie pas. Le peuple a une voix et il sait se faire entendre quand ses droits les plus fondamentaux sont bafoués.  Le peuple est tout. Qu’est-ce qu’un président sans son peuple ? Surement pas un président !

Ce 31octobre, je suis fière et admirative devant le peuple du pays des hommes intègres. Je suis autant exaltée qu’eux, je partage leur joie car leur victoire est également  mienne.   Plus qu’une victoire du Burkina, c’est une victoire africaine. Nous vibrons au rythme de la liesse du peuple Burkinabè.  C’est un moment historique et unique où le peuple a refusé de subir et a rappelé à l’ordre celui, il parait, qu’ils avaient choisi pour les diriger.  Ce 31 octobre, je salue néanmoins Blaise Compaoré qui par peut-être sagesse, a obéi au peuple. Je le salue de ne pas avoir mené une répression barbare, peut-être les défections dans ses rangs étaient de plus en plus nombreuses. Je le salue pour avoir respecté la volonté de son peuple.  Mais n’oublions que du sang a coulé, que des âmes se sont éteintes dans sa lutte effrénée du pouvoir. Que Justice soit rendue pour les morts d’hier et d’aujourd’hui quand le moment sera venu !

Puisse maintenant le peuple Burkinabè, après ce rendez-vous unique avec l’Histoire, choisir un leader méritant qui les mènera vers un Burkina Faso plus grand et plus fort ! Que votre exemple rayonne sur tout le continent africain, que dis-je, sur le monde entier !

Et vous autres, vieux pères des autres pays africains, vous qui dormez au pouvoir telle la belle au bois dormant attendant son prince charmant, puissiez- vous entendre et  surtout comprendre le message, la leçon du jour : le peuple africain est en marche. Vos décennies passées au pouvoir n’y changeront rien, l’Histoire désormais continue de s’écrire. A vous de savoir si vous serez le lion ou le chasseur…

 

Kalatonton 

Haria Nyala 

Jeune africain de la diaspora recherche association humanitaire

Souley vient de décrocher son premier job. Souley est diplômé d’une grande école française. Les premiers mois Souley s’investit à fond, période d’essai oblige ! Puis la routine commence peu à peu : c’est  quand même chiant le boulot ! Souley se rappelle du  pays et se dit : « Il est temps maintenant de faire quelque chose pour mon pays ». Souley a, autrefois pendant sa période étudiante, intégré une association qui faisait la promotion des cultures antillaise et africaines,  pour simplifier une association de noirs quoi … C’est une question de point de vue. En résumé : Souley a présenté la culture de quelques pays d’Afrique ainsi que leur cuisine, mené quelques actions de sensibilisation et surtout organisé la soirée la plus « exotique » musicalement parlant de son école. Bref, Souley connait le monde associatif, ses avantages mais surtout ses difficultés. Aujourd’hui Souley veut s’investir pour son pays, faire quelque chose de concret qui contribuera au développement de son pays. Souley va donc sur Google et tape « association africaine à Paris » pour faire de la prospection sur ce qui se fait en France pour l’Afrique. Souley est un peu perdu : que choisir ? Il faut dire que la diversité des associations existantes est déroutante. Souley s’interroge sur sa possible future contribution : que faire ? S’inscrire dans une association à but lucratif ou non, une association œuvrant pour la promotion des cultures ou une association avec un réel projet ? Souley hésite. Oui, parce que s’investir dans une association ce n’est pas rien, et il faut être sur du réel impact de l’action que celle-ci mène. Souley ne veut pas se perdre dans des projets trop ambitieux, il veut agir maintenant et tout de suite, il veut du concret : des actions concrètes, visibles et mesurables. Le jeune homme réfléchit encore : pas trop de précipitation = perte de temps. Souley veut arriver à concilier sa vie « privée », son travail et son bénévolat, il faut que sa nouvelle activité ne lui prenne pas trop de temps et s’équilibre avec tout le reste.

Au bout d’une semaine de réflexion « poussée », Souley a enfin la réponse à toutes ses interrogations, comme investissement on ne peut pas faire mieux selon lui. Etant donné qu’il vient d’un pays pauvre, où les infrastructures les plus basiques manquent, où la population est « démunie », en croisant ce paramètre aux autres contraintes préalablement cités, Souley se dit tout bonnement : «  Je vais faire de l’humanitaire. Je vais m’inscrire dans une association qui fait de l’humanitaire. Je ferai des actions concrètes : récolter des fonds pour construire une école, acheminer du matériel scolaire aux élèves, bâtir des maisons ou faire des dons aux plus démunis. Mon temps et mon argent ne seront donc pas perdus, je suis investis dans du concret. » Souley est satisfait et poursuit donc le cours de sa tranquille petit, au fond de lui Souley a déjà abandonné, le monde ne changera pas maintenant, pas comme ça, c’est trop compliqué. Donner c’est déjà quelque chose, non ?

Il y a aujourd’hui une très grande diaspora africaine présente en France. Je ne connais que pour ma part qu’une infime partie de la parisienne. Même si cette diaspora regorge d’une immensité de talents : des entrepreneurs de talents, des potentiels encore inexplorés, il existe aussi une autre partie de cette même diaspora africaine qui vante et entretient le mythe de l’humanitaire salvateur.  Qu’on soit clair dès le départ : je ne dis pas que l’humanitaire ce n’est pas bien.  Quand il y a une catastrophe naturelle, une épidémie, une famine ou autre situation d’urgence, il est utile de pouvoir montrer que malgré le système actuel, l’être humain sait se montrer solidaire et altruiste.  Mais la bonne question est de se demander si ça résout tout ? La réponse est clairement non. On ne guérit pas une plaie en mettant juste un pansement et puis c’est tout, il faut la désinfecter régulièrement, lui apporter les soins nécessaires jusqu’à sa cicatrisation. C’est un processus long. Quand on est enfant, généralement nos parents le font pour nous ou du moins un adulte, et en grandissant on apprend et on est capable de soigner certaines plaies tout seul, on est autonome. En bref, l’humanitaire c’est ce pansement qu’on te colle sur une plaie pas encore désinfectée. On a l’impression que la plaie est soignée, il y a un semblant de cicatrisation mais au moindre problème, la plaie se rouvre témoignant de  la faiblesse des soins. L’humanitaire ne résout pas le problème, elle le maquille juste.

Je suis extrêmement choquée et déçue quand j’entends des jeunes de mon âge issue de cette diaspora, qui faute de motivation d’investissement -on ne nait n’estpas tous égaux sur ce plan là je vous l’accorde- où que sais-je décident de se lancer dans une aventure associative dans le seul but de faire de l’humanitaire. Qu’est-ce que votre action va changer au paysage actuel : pays pauvre, moins avancé en version politiquement correct, en voie de développement, problème d’infrastructures, de santé, faible taux d’alphabétisation, épidémies, problème de salubrité, et j’en passe ? Certains me répondront «  Ben au moins, ils auront des stylos, des livres ou des lits, des vêtements et à manger. » Mais demain si cette catastrophe resurgit : on fait quoi ? On en appelle encore à la générosité des organismes gouvernementaux, aux ONGs, des êtres humains ? Ces situations ne laissent pas indifférents pour la plupart et il est évident que les gens donneront. Mais ne pensez-vous pas que les gens de chez vous en ont assez de tendre la main pour qu’on les aide ponctuellement ? Qu’ils visent plus loin et à plus long terme ? N’en avez-vous pas assez de voir à la télévision des images montrant  « l’Afrique en danger » : guerres, famine, insalubrité, manque d’infrastructure ? D’être toujours assimilé à des bons derniers ? Même si la tendance actuelle est à se tourner vers l’Afrique, à investir dans ce continent où presque tout est à faire, n’en avez-vous juste pas assez ?

 

Une Afrique où on se doit d’investir

 

On ne m’a pas appris à tendre la main aux autres, et je ne vois pas pourquoi ce serait pareil pour mes concitoyens africains. Nous ne sommes pas des mendiants, ni des miséreux, ni le continent qui va accueillir tous ceux qui se réveillent un bon matin dans leur vie et qui souhaitent être volontaires pour faire de l’humanitaire et donner un sens à leur vie. Je caricature volontairement tout n’est pas à prendre au mot. L’humanitaire tend également à donner une image d’une Afrique faible où ses éternels sauveurs se doivent d’intervenir pour les prévenir d’un funeste destin. Mon discours serait identique vis-à-vis des sans-abris : leur but est de pouvoir sortir d’une situation précaire, d’être autonome pas de s’enfoncer, et encore moins de tendre la main (je précise l’argument des Roms est caduque).

Je ne sais pas si je pourrais changer les choses ou du moins une partie, mais j’ai envie de contribuer à l’amélioration, au développement de mon pays. Le développement est un investissement, un processus long, qui s’étale dans le temps. Il faut savoir donner de sa personne et surtout le développement vise une amélioration continue de la situation et une palliation des divers maux qui touchent le continent. On n’en voit pas forcément les effets immédiatement, comme je le disais au-dessus : ça prend du temps, mais la moindre contribution est utile. Investissons-nous dans des projets durables, intelligents et innovants. Ne soyons pas comme Souley prêt à se jeter sur la première solution de facilité,  ou parce que c’est « cool » d’être dans l’humanitaire. Soyons des hommes de conviction et pas que des humains. Je dis nous parce que je fais partie de cette diaspora active.

 

Pour faire le parallèle entre aide humanitaire et aide au développement qui sont pour moi des concepts peu éloignés -l’un consiste à aider ponctuellement en situation de crise et l’autre est sensé pallier à ces situations crises avec tout le tapage politique et médiatique que ça implique, de la mendicité à plus grande échelle, une mise sous perfusion générale, l’assistanat dans sa forme la plus simple – l’économiste Dambisa Moyo dénonçait dans son très célèbre ouvrage Dead Aid, l’inefficacité de l’aide au développement et surtout les conséquences plus que désastreuses qu’elle avait engendrées. Les chiffres parlent d’eux-mêmes, depuis 50 ans, il y a eu environ plus d’un trillion de dollars qui ont été « donnés » aux pays africains et qu’en définitif la pauvreté n’a pas reculé. Bien au contraire les inégalités ont augmenté grâce aux systèmes de corruption qui ont été mis en place, des conflits ont éclaté par convoitise et j’en passe. En gros, depuis 50 ans, l’Afrique n’a pas ou peu avancé.

Alors toi qui es étudiant, ou jeune actif, si tu veux t’investir pour ton pays ou juste pour l’Afrique, rejoins une association qui porte un projet qui n’est pas seulement à vocation humanitaire,  un projet de développement pas que de donation, sois un contributeur actif du développement de l’Afrique et surtout pas celui qui entretient cette image de l’Afrique qui vit des âmes charitables de l’humanitaire.  N’attends pas la une de certains journaux te disent que c’est le « Grand réveil » de ton continent.  Je ne ferai pas de pub sur les associations, clubs ou collectifs de la place, mais tu trouveras surement facilement ton compte. Et si l’associatif ne te botte pas plus que ça, sache qu’il existe plein d’autres actions où ta contribution sera la bienvenue.

« Jeune africain de la diaspora recherche association humanitaire  active et consciente»

 

Haria Nyala

 Kalatonton 

Le terrible adieu

J’ai eu du mal à retrouver l’inspiration depuis quelques temps, sans doute parce que je ne voulais pas parler des choses qui me touchaient le plus dans le contexte actuel.

Certaines choses sont difficiles à aborder mais font inévitablement partie de la vie. Ceux qui me connaissent savent que j’écris sur des choses qui m’inspirent mais plus encore qui me touchent au plus profond de mon être. C’est aujourd’hui une partie de moi que je vais livrer, qui m’aidera un peu à faire un deuil difficile.

Je ne savais pas comment en parler ni comment l’aborder, j’ai donc préféré le faire de la manière qui me caractérisait le plus : en racontant une petite histoire.

La savane est souvent considérée comme une terre fascinante et hostile. Tous les êtres qui la peuplent sont les gardiens de l’harmonie et la crainte qu’elle représente. On y retrouve différents animaux : des buffles, des biches, des hyènes, des lions ou encore des girafes et des éléphants, en plus des hommes qui vivent en lisière de leurs territoires.

Dans un coin légèrement reculé, non loin du Grand Baobab, vivait une petite communauté de lions. Les lionnes observaient leurs petits pendant que les grands lions majestueux se reposaient à l’ombre des arbustes.

Kania était une petite lionne, énergique et joueuse. Elle était le boute-en-train de la bande, elle savait comment titiller l’instinct joueur de ses frères et cousins Tout le monde l’adorait, elle avait cette aura bienfaisante qui se répandait autour de ceux qui la côtoyaient. Kania était douce et forte, sa prestance forçait le respect des autres lionceaux. La nuit venue, Kania s’endormait tout contre sa mère, le lieu le plus rassurant  au monde pour elle, où elle savait que rien ne pouvait l’atteindre. Kania rêvait d’un monde plus grand et meilleur, elle s’imaginait elle aussi comme sa mère veiller sur ses petits, les protéger. Mais Kania rêvait encore plus grand, Kania voulait découvrir ce qu’il y avait plus loin dans la savane, ces terres encore inexplorées qui semblaient sans cesse l’appeler. Kania rêvait d’aventure, elle rêvait d’amour, Kania rêvait juste la vie.

Il était formellement interdit de s’éloigner du village, je le savais mais la curiosité est parfois si forte qu’il est difficile d’y résister. Le danger n’était jamais loin. Nous vivions certes en harmonie avec la nature et les animaux avoisinants, mais la prudence restait tout de même le mot d’ordre. J’aimais m’imaginer au-delà des frontières qui nous avaient été imposées. Je voulais découvrir le monde, ses secrets, ses habitants sous n’importe quelle forme que ce soit : j’étais juste irrésistiblement attirée par l’inconnu.

Ce soir-là, alors que les nuages au loin commençaient à se rejoindre et annonçaient la pluie, je sortis en catimini de ma case, évitais soigneusement les lieux encore éclairés du village. Armée d’une torche et d’une gourde d’eau, je me lançai à l’aventure de l’inconnu : la savane me livrerait une partie de ses secrets ce soir.

J’avançais prudemment m’enfonçant de plus en plus dans l’obscurité de la savane et n’ayant  comme seule compagnie les arbres dansant au gré du vent.  Tout à coup,  je vis une ombre se déplacer rapidement dans la nuit sombre. Je fus saisie d’une peur soudaine et choisis donc de m’enfuir en courant aussi loin que mes jambes me porteraient. Mais avant de pouvoir faire le moindre mouvement, une petite lionne fit face à ma lampe. J’étais totalement tétanisée. Que devais-je faire : m’enfuir, ne pas bouger ? La petite lionne c’est sur, elle m’avait inévitablement vue…

Ce soir-là, Kania échappa à la vigilance de sa mère. Et poussée par son intense désir d’aventure et de découverte et son instinct se lança à l’exploration de ce monde inconnu qu’il lui avait été interdit jusqu’à lors. S’enfonçant dans la savane, elle aperçut au loin une  étrange silhouette, une silhouette qui lui semblait peu familière. La petite lionne était très intriguée et décida de se rapprocher.

Le temps à cet instant était comme suspendu, seul le frémissement des feuilles était perceptible. Pendant ce court instant qui sembla durer une éternité, Kania et moi nous retrouvâmes face à face, nous regardant toutes deux avec crainte, méfiance et curiosité. Kania fit le tour de moi en me reniflant. Sentait-elle l’odeur de ma chaire, ou narguait-elle ma crainte ? Kania était perplexe, elle ne me considérait pas comme son ennemie mais comme un immense sujet de réflexion, d’exploration.

Elle ne m’avait pas attaquée et ne semblait pas le vouloir, je pris donc les devants et lui tendis ma main  tremblante pour la caresser. Kania sentait ma peur et pouvait de là où elle était entendre mon cœur battre la chamade, ce qui pour elle ne représentait donc pas un danger potentiel. Elle s’approcha lentement, baissa la tête pour que je la caresse, ce que je fis immédiatement. Puis elle se frotta contre mes jambes et me regarda avec tendresse : une grande amitié était entrain de naître au milieu de nulle part, les dernières étoiles qui n’étaient pas encore cachées par les nuages menaçant en étaient les principaux témoins.  L’orage éclata, je courus me réfugier sous l’arbre le plus proche, Kania me suivit. Nous assîmes l’une à coté de l’autre, Kania grelottait. Je pris le pagne qui couvrait mes épaules et la recouvris. Elle se rapprocha et se serra contre moi, je la caressai tendrement, je percevais une peur  à travers les frissons qui la traversaient, sans doute due à l’orage. Nous restâmes sous cet arbre une bonne partie de la nuit, j’en profitais pour lui parler, lui raconter la vie dans mon village. Kania m’écoutait religieusement, je le sais très bien les animaux ne parlent pas, mais je sentais que Kania me comprenait et qu’elle partageait ce que je ressentais. « Petite lionne, que dirais-tu que nous nous retrouvions ici tous les soirs ? Lui demandai-je. Ce sera notre secret. » Kania acquiesça en baissant légèrement la tête. 

nuit étoilée

Les premiers rayons du soleil nous caressèrent doucement la peau, il était l’heure de se séparer avant que nos proches ne se rendent compte de notre absence.  Je partis en lançant un à « A ce soir, » à Kania.  Rentrée au village, je me faufilai par la fenêtre pour rejoindre ma natte sans aucun bruit et m’endormis le cœur bien rempli par les moments partagés avec ma nouvelle amie. Kania et moi nous continuâmes à nous retrouver tous les soirs et partagions nos moments d’espérance, de rêve et d’aventure. Cette nuit-là, je décidai de la baptiser : «  Petite lionne, je ne peux pas continuer à t’appeler ainsi, il te faut un prénom. Laisse-moi réfléchir…. Oh je sais ! Si j’avais eu une sœur, j’aurais aimé qu’on l’appelle Kania ! Je vais t’appeler Kania ! Kania et Liha sont les meilleures amies du monde ! » Je pris Kania dans mes bras et la serrai fort, j’avais trouvé une sœur.

 

Ma mère me disait souvent de faire attention aux animaux de la savane, en particulier aux hyènes. « Un animal sournois, qui plus est, sourit » me répétait ma mère. Lors d’une de mes escapades nocturnes pour rejoindre Kania, j’aperçus une ombre qui se faufilait à travers la broussaille. Je choisis tout de même de poursuivre mon chemin vers mon lieu de rendez-vous, pensant que peut-être mon imagination me jouait des tours. J’avançai prudemment mais ne percevant plus aucun mouvement, ma peur s’évanouit peu à peu. Brusquement, sortie de nulle part, une hyène au sourire presque diabolique me barra la route. Je ne savais plus ce que je ressentais à ce moment, de la peur, de l’angoisse, j’étais tétanisée. L’hyène m’observa pendant quelques secondes, elle était prête à bondir à tout moment. « C’est la fin, pensai-je, les larmes aux yeux. Si seulement quelqu’un pouvait me venir en aide… » De sa patte velue, elle racla le sol comme pour préparer son attaque, je fermai instinctivement les yeux. Ca ne dura qu’une demi-seconde, une éternité pour moi. Kania bondit  et se mit entre moi et l’autre animal. Le bruit me fit ouvrir un œil. Kania gratta le sol de sa petite patte et lança un rugissement terrifiant en fixant son adversaire. Il n’en fallut pas plus pour l’effrayer,  quelle froussarde cette hyène ! Elle s’enfuit  sans demander son reste. Kania se rapprocha de moi et se frotta à moi comme pour me rassurer. «  Tu viens de me sauver la vie, Kania ! Merci beaucoup, je te serai à jamais redevable. Si tu n’avais pas été là, la méchante hyène m’aurait attaquée ! Merci ma petite Kania ».  Ce soir-là, Kania me raccompagna à la lisière du village, elle voulait s’assurer que rien ne m’arriverait en rentrant.

Il fallut tout de même que je quitte Kania quelques temps. Je devais me rendre à l’école, à l’internat dans la grande ville voisine. J’étais triste et je voulais rester près d’elle ou qu’elle vienne avec moi… Mais les lions ne vont pas à l’école des hommes. Je me mis en tête de lui écrire tous les jours et de lui lire toutes mes lettres. Chaque vacance, je retrouvais Kania. Elle savait que je m’étais absentée pour un temps mais que je reviendrais à notre point de rendez-vous dès mon retour. Elle m’attendait patiemment tous les soirs dans l’espoir de me voir. Nos retrouvailles étaient toujours intenses, c’était comme si nous nous étions jamais quittées, comme  des sœurs. Nous reprenions nos discussions là où nous les avions laissées lors de notre précédente rencontre. Les années passèrent et notre amitié se renforça, que dis-je notre lien sororal  se renforçait. Je me livrais totalement à Kania : mes craintes, mes rêves, mes appréhensions, mes joies et mes peines.

Puis Kania disparut pendant quelques temps. Je venais tous les soirs sous notre arbre dans l’espoir de la voir mais elle ne venait pas. Je m’inquiétais mais je dus retourner à la ville quelques jours plus tard. Cette inquiétude me travaillait l’esprit de plus en plus : que lui était-il arrivé donc ? Où était-elle ? 

A mon retour, je retournai l’attendre sous l’arbre et elle vint. Le pas majestueux mais lent reflétant une extrême faiblesse. Son aura, elle aussi semblait cruellement diminuée. Kania s’assit prêt de moi non sans peine et je sentis qu’elle voulait qu’on continue à discuter comme si de rien n’était. Je m’exécutai, mais je sentais qu’elle était malade, gravement malade. Son cœur battait lentement et elle semblait ressentir une immense douleur continuelle : Kania était malade. Faire le trajet jusqu’à notre lieu de rendez-vous l’affaiblissait de plus en plus. Je sentais qu’elle ne serait bientôt plus capable de venir me rejoindre. «  Si tu ne peux pas Kania, ce n’est pas grave. C’est moi qui viendrais, lui murmurai-je. » Les jours suivants, je me déplaçai jusqu’à l’entrée des terres des lions. Kania m’attendait et nous continuions à rêver, même si les larmes emplissaient de plus en plus mes yeux devant la faiblesse aggravée de Kania.

Ce matin-là, un cri retentit dans le village, un lion avait pénétré nos terres. Je pensai tout de suite à Kania et courus pour la protéger. Mais ce n’étais pas elle, c’était un lion de son groupe que j’avais remarqué au loin lors de mes dernières visites. Il nous observait mais n’osait pas s’approcher. Le lion s’approcha de moi et me fit signe de le suivre. Je le suivis sans discuter, le cœur battant, pensant à Kania. A notre arrivée, les lions s’écartèrent et je m’approchai lentement envahie par une peur immense. Cette peur n’était pas celle d’être entourée de lions mais bien la peur que représentait le triste spectacle qui se déroulait sous mes yeux. Kania était allongée derrière un arbuste, trop faible pour bouger. Je compris immédiatement que la fin était proche et que le lion était venu m’avertir pour que je puisse lui faire mes adieux. Je pris la tête de Kania sur mes jambes et la caressai tendrement. Je n’osai pas lui dire au revoir, non je ne pouvais pas m’y résoudre c’était trop dur. Mais je sentais que Kania souffrait, que la douleur était de plus en plus forte. Que te dire Kania ? Comment te le dire, mon amie, ma sœur? Après avoir pleuré à ne plus pouvoir, je me résolus à lui dire au revoir : «  Kania, je n’oublierai jamais notre rencontre, ni les moments que nous avons partagés. Je sais que tu souffres Kania et espère que tu seras beaucoup mieux bientôt. Je n’ai jamais eu de sœur mais en toi d’une manière exceptionnelle et extraordinaire, j’ai pu avoir cette sœur. Tu m’as insufflé beaucoup de courage et gommé certaines de mes craintes. Je te fais la promesse de m’efforcer à vivre cette vie dont je t’ai parlé, cette vie que j’ai rêvée avec toi, même si tu ne seras plus là. Je te ferai honneur Kania en prenant ta force pour modèle. Je t’aime Kania et surtout merci pour tout… » Je fondis en larme et déposai un dernier baiser sur le front de ma sœur Kania. J’aurais juré l’entendre me répondre« Merci Liha, tu es ma sœur de cœur ! Ne m’oublie pas et sois heureuse. Vis tes rêves et rêve toujours plus grand. Je serai à jamais là pour veiller sur toi ». Mais les lions ne parlent pas…Mais leur cœur si. Je m’éloignai lentement et désorientée remplie d’une immense tristesse indescriptible, d’un vide désemparant.

Quelques jours plus tard, Kania nous quitta mais je ne pus être à son chevet mais je la savais bien entourée par les siens. J’aurais tant aimé être près d’elle quand on l’amena vers sa dernière demeure pour qu’elle sache que je pensais à elle et que je veillais encore sur elle. Je l’accompagnais par mes prières en ressentant à chaque instant l’incommensurable vide qu’elle venait de laisser en moi.

Les mots ne peuvent pas toujours traduire ce qu’on ressent, ils ne sont pas forts pour retranscrire cette multitude d’émotions qu’on a en soi mais ils peuvent nous aider à laisser ressortir une partie de ce que nous éprouvons.

Cet article est pour toi, même si je sais que tu ne pourras pas le lire. Le temps apaisera surement cette plaie mais le vide que tu laisses ne sera jamais comblé.

« Ainsi sont les choses de la vie… Nos larmes et nos peines ne pourront rien y changer…On commence juste à ressentir ce vide immense qui sera à jamais dans nos cœurs…Je ne puis faire aujourd’hui désormais que deux choses: prier pour toi chaque fois que je penserai à toi et souhaiter que tu reposes en paix, ma sœur… »

 

 

Kalatonton

Haria Nyala 

Bonne année!!!!

En cette nouvelle année, je tenais à vous présenter mes meilleurs vœux pour 2014. L’année 2013 s’est achevée comme toutes les autres années. Ce que j’en retire ? Beaucoup de choses comme vous tous. Une année bien inégale au niveau des émotions : joie, espoir, tristesse, amour, réussite… Une année comme les autres quoi. J’aimerai vous souhaiter dans cet ordre :

  • Santé : parce que sans elle, on ne peut rien faire. Eh oui et cette année 2013 m’a donné une grande leçon. La santé est le plus important, des gens donneraient tout ce qu’ils ont pour l’avoir ou pour qu’un proche la recouvre… Malheureusement, ce n’est pas toujours possible et on appelle cette triste désillusion : la vie…
  • Amour : au sens large du terme. Parce que ne pas être aimé et ne pas aimer c’est un peu perdre son temps sur Terre… Je vous souhaite donc d’être toujours bien entouré, d’êtres chers à vos cœurs : parents, famille, amis et l’être que vous aimez. Si vous ne l’avez pas rencontré ça ne serait tardé : comme on dit si bien tout vient à point à qui sait attendre…
  • Réussite : parce qu’il faut avoir des objectifs et de l’ambition, et le top c’est bien sur qu’ils aboutissent n’est-ce pas 😉 ! Alors beaucoup de succès dans ce que vous entreprendrez : si vous échouez dites-vous juste que ce n’est pas un échec car vous avez appris et ça c’est la plus grande des réussites : apprendre de ses expériences.
  • Talents et curiosité : je vous souhaite de trouver ce qui vous passionne, ce qui vous rend si unique et si indispensable, parce qu’on a tous un talent caché, jamais celui qu’on croit… Explorer des choses que vous n’auriez jamais eu le courage d’explorer, prendre plus de risques : vivez !
  • Richesse : parce que la richesse n’est pas que de l’argent. Je n’irai pas jusqu’à dire naïvement que l’argent ne fait pas le bonheur. Mais que cette année soit encore riche en nouvelles expériences, en nouvelles rencontres, en nouvelles ambitions et en nouvelles leçons.

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Je vous souhaite donc en somme que du bonheur pour cette nouvelle année 2014 !

J’espère de mon côté que je pourrais écrire un peu plus et que vous serez plus nombreux à me lire.

 

 Kalatonton 

Haria Nyala

 

 

Mais quel dirigeant, veux-tu ?

J’ai beaucoup critiqué les dirigeants africains, ceux qui se sont imposés comme étant des révolutionnaires par le biais de coups d’état, également l’attitude récemment du président malien suite à l’assassinat des deux journalistes de RFI. Bref j’ai beaucoup critiqué et j’ai également beaucoup débattu sur le sujet. Et je me suis posée cette question: « Mais quel dirigeant veux-tu avoir ? Quelles sont pour toi les qualités indispensables pour le leader d’une nation, de ta nation? ». Et je me suis dit très bonne question.

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Les larmes controversées d’un président

Mon coup de gueule de la semaine !

Aujourd’hui je parcours l’actualité. Le drame de Kidal tapisse toutes les unes et les hommages se multiplient. Encore un drame qui a touché les cœurs. Et puis là, je tombe sur cet article, l’article de trop : Les larmes du président malien IBK devant la délégation de RFI qu’il venait de recevoir.

Qu’on se le dise, je condamne l’évènement de Kidal : assassiner deux journalistes de manière barbare et sans aucune véritable raison est inhumain. J’avoue avoir senti un pincement au cœur et beaucoup de compassion. Mais passons, ce n’est malheureusement pas le premier acte barbare perpétré par ces terroristes et surement  pas le dernier !

Et je rajouterai sans aucune méchanceté que ce sont malheureusement les risques du métier, d’un métier difficile et périlleux. Ce constat est triste, révoltant mais malheureusement bien vrai : être journaliste ne donne pas l’immunité surtout dans un conflit où son propre pays est impliqué.

Mais ce qui m’insupporte au plus haut point, au point je dirai de dégainer ma plume, ce sont bien les larmes du président malien, réputé pour avoir la larme facile. Certains diront enfin un président africain humain qui laisse transparaitre ses émotions, c’est touchant et ça montre un côté vulnérable du pouvoir. Que nenni ! Moi personnellement je n’y vois pas grand-chose, juste un trop plein d’émotions, je dirai même un excès de zèle  de la part du président malien ou une manifestation un peu trop démonstrative de sa « diplomatie ».

Alors d’autres me diront mais il les connaissait, c’était « des amis ». Je leur répondrai qu’il pleure chez lui alors !  Tous les jours des gens meurent dans son pays, je n’ai pas vu de larme être médiatisée et on peut citer une liste à rallonge des maux qui rongent son peuple : faim, paludisme, guerre, immigration clandestine pour ne citer que ça ! S’il devait pleurer pour tout ça, on aurait vite fait de remplir à ras bord le fleuve Niger.

Revient encore cet éternel débat de la valorisation de la vie humaine,  c’était un peu mon ressenti mais je n’ai pas envie de m’étendre là-dessus. Il y aurait comme un goût de déjà vu ou de déjà lu.

A tous ces présidents, pleurez pour votre peuple, pour votre impuissance face aux conflits et aux drames qui accablent Votre peuple, pleurez parce que vous êtes un échec, vos mandats sont des échecs ! Vous manquez à tous vos devoirs, à tous vos fondements :

  • Nourrissez votre peuple et donnez –leur de l’eau
  • Eduquez votre peuple pour qu’ils aient la possibilité d’aspirer à des grandes choses
  • Soignez votre peuple en réformant vos systèmes de santé.

Voilà ! Chacun mène son combat, porte son fardeau et en subit les conséquences.

Allez , cher président sèche tes larmes, un chantier t’attend.

Kalatonton

 Haria Nyala